Résumé: Née de notre expérience pastorale et de l’écoute des agriculteurs de l’Extrême-Nord du Cameroun, cette recherche affronte le dilemme herméneutique et existentiel posé par Matthieu 6:26. Comment concilier la promesse que Dieu nourrit les oiseaux avec la réalité de nos récoltes dévastées par ces mêmes créatures, une situation qui ébranle la foi en la providence divine ? Face à ce qui peut être perçu comme une contradiction insoluble, cet article se propose de dépasser les lectures littéralistes menant à la résignation pour construire et proposer un cadre théorique original : la théologie de la cogérance. Nous définissons ce cadre comme une compréhension de la relation Dieu-humanité fondée non sur une opposition entre la souveraineté divine et l’action humaine, mais sur une synergie dynamique et une collaboration vocationnelle. Notre hypothèse centrale est que la providence divine n’est pas une force qui se substitue à l’effort humain ou le rend caduc, mais une grâce habilitante qui le suscite, le soutient et le requiert. En nous appuyant sur une méthodologie de théologie systématique, nous mettons en corrélation la réalité socioécologique sahélienne avec une analyse exégétique approfondie des textes fondateurs que sont Matthieu 6 et Genèse 2-3. L’analyse du mandat de « cultiver » ( avad ) et « garder » ( shamar ) révèle une vocation humaine non seulement au travail, mais à la protection active, intelligente et créatrice de l’environnement, même dans un monde déchu. La théologie de la cogérance qui en découle offre une base spirituelle solide pour une action transformatrice. Elle légitime l’innovation technique, fonde la coopération communautaire et promeut une éthique environnementale ancrée, constituant ainsi une contribution holistique et spécifique de l’Église aux défis du développement durable dans la région. Cet article démontre que la confiance en Dieu, loin d’encourager la passivité, libère l’être humain de l’anxiété pour une gérance responsable, réconciliant ainsi la foi et le labeur, la prière et l’ingéniosité.
Par: ABAKALAOU APISSIDI Jean-Paul
Publié le: 25/05/2026